lundi 28 juin 2010

Je suis si pro-actif que...

Toujours pas pris le temps de vous raconter ma vie d'auto-entrepreneur... Mais en attendant, (encore) voici une annonce repérée par l'ami Arno et que je lui chipe. Elle est en plein dans ce que dénonce et détaille ce livre remarquable. Jargon vide de sens, prétention, mots-creux qui cachent des boulots de misère, des conditions de travail abominables, des petit chefs pervers, des burn out, des esclaves modernes prétendument cadres qui, surexploités, manipulés, sont rincés en deux ans et doivent faire leur autocritique comme dans les camps communistes...
Non, mais, vraiment lisez ça (et lisez "L'Open Space m'a tuer"), arrêtez-vous sur ce que ça pourrait vouloir dire, sur ce que ça exprime, sur ce qui en transpire, sur ce qu'on peut deviner de cette boîte, de ce qu'elle est, de qui il y a, de comment ça fonctionne... et fuyez :

Description du poste
Groupe média, notre client, présent auprès d’une clientèle BtoC et BtoB, se développe autour de quatre business lines : la cotation, les produits publicitaires, le contenu à valeur ajoutée, et les solutions technologiques.
Cette offre complète de services lui permet de déployer une stratégie 360° aussi bien sur le Print que sur le Web.
Dans le cadre d’un remplacement, la Direction marketing recherche son/sa :
Responsable projets / produits web (H/F)
Rattaché(e) au Directeur contenu et marketing, vous êtes apporteur de culture web et impulsez une double dynamique projets / services. Plus spécifiquement, vous serez garant du :
- Pilotage / cadrage fonctionnel des projets web. En mode multi-projets (MOA), vous pilotez le développement et l’optimisation des sites du Groupe (refonte de site, ajout de fonctionnalités, optimisation ergonomie) et maitrisez la « chefferie de projet » : recueil des besoins, réalisation du cahier des charges et des spécifications fonctionnelles, définition des planning, du staffing, suivi du délivery des projets (coût, qualité, délais…). Dans ce cadre, vous évangélisez des process et méthodologies efficients.
- L’innovation et de la dynamisation des offres digitales. Etudes de marchés, optimisation des services et du pricing, élaboration des rodmap produits, suivi des KPI … vous serez chargé(e) d’impulser une dynamique d’innovation marketing par l’élaboration de nouveaux services, de nouvelles fonctionnalités…
- Management d’activité et des équipes. Orienté ROI, vous assurez le tracking de vos actions (volume d’audience, CA généré, …) et veillez à les optimiser. Pour mener à bien vos missions vous encadrerez 3 collaborateurs hybrides, chefs de projets / chef de produits, répartis sur chacune de nos business lines.
Expert web, vous justifiez de 3 à 7 ans d’expérience dans le pilotage de projets orientés e-commerce et contenu idéalement acquise en web agency, en SSII / Conseil ou chez un e-commerçant.
Doté d’une bonne connaissance des modèles économiques du web, vous possédez une formation structurante de type bac+4/5 (école de commerce, d’ingénieur, ou équivalent universitaire…) et savez évoluer en environnement matriciel.
Créatif, bon communicant, organisé(e) doté d’une forte culture du chiffre, vous saurez être pro-actif et insufler une forte culture web en interne.

samedi 3 avril 2010

Depuis que je suis auto-entrepreneur...


Je n'ai plus une minute à moi. Mais vraiment, plus une minute à moi. Mais attention : je n'en suis pas plus riche pour autant, loin s'en faut, même. Et puis, j'ai beaucoup de choses à dire sur cet état mirifique de l'auto-entreprise et ses aspects fallacieux... (Il y a déjà pléthore d'articles sur ses dérives et ses abuss. Mais bon, je ne plains pas : j'ai du boulot..., pour l'instant..., jusqu'en mai 2010).
J'ai commencé un long, long, long billet à ce sujet il y a deux mois pour tout vous raconter, mais il n'est pas terminé (je suis passé à d'autres priorités). Ça vient... En attendant, informez-vous bien sur ce statut et comptez-bien vos sous. Et pour patienter (encore), voici une nouvelle prémonitoire que j'avais écrite pour le journal Libération, il y a bien dix ans. J'y annonçais d'une certaine façon le statut d'auto-entrepreneur, mais je ne savais pas qu'un jour, moi aussi... Cette nouvelle est reparue il y a trois ans dans un recueil anti-Sarkozy (excellent) qui est et . La voici pour vous. Elle rappellera peut-être à certains des romans parus depuis l'écriture de ce texte, dont l'excellent "Les Actifs Corporels" de Bernard Mourad (Ed. J'ai Lu) que je vous recommande vivement.
Je reviens bientôt et je vous raconte ma vie, promis...

S’EN SORTIR EN 2010 : FACILE
J’ai pris le statut de travailleur par actions il y a deux ans grâce aux dispositions que la triple cohabitation socialo-libéralo-républicaine a adopté en 2007.
Si les démarches pour se faire inscrire à la bourse des ressources individuelles -le Tiers Marché- ont été fastidieuses au départ, depuis je ne regrette pas d’avoir endossé ce statut qui me permet de me réaliser multi-professionnellement.
Actuellement, je représente un capital de 100 actions cérébrales, de 450 actions musculaires, de 20 actions auditives et de 40 vocales. Au départ, j’avais un peu présumé de mes forces et n’avais émis que 100 actions cérébrales, mais le marché étant ce qu’il est, j’ai dû ouvrir mon capital avec une offre publique de vente de musculaire, d’auditif et de vocal au fil de mes besoins en liquidités. Avec cette argent, j’ai pu me loger et rester propre le temps de décrocher mes différents emplois.
En gros, mes actionnaires sont composés à 90% de baby-boomers ; des anciens cadres-sup, des gens de la pub et des médias, des professions libérales. J’ai même mon dentiste qui m’a pris un peu de cérébral et du vocal. Mes actionnaires, qui représentent une cinquantaine de personnes, sont des gens de la génération qui a inventé ce système ingénieux du Tiers Marché avant de créer par leur départ à la retraite l’appel d’air actuel qu’on connaît sur les emplois. En fait, on leur doit vraiment tout ; ils ont tout inventé.
Grâce aux possibilités dues au tri-32 heures -la possibilité de travailler trois fois 32 heures par semaine maximum, je suis créatif 27 heures pour un studio de dessin de motifs de papiers peints (mes cérébrales) en continu, je décharge du marbre pour les Pompes Funèbres (mes musculaires) durant une trentaine d’heures par missions de quatre camions de nuit (le marché est en plein essor, c’est le Papy-Boom) et enfin je suis technicien conseil sur la ligne d’assistance d’un distributeur de purées de brocolis surgelées (mes auditives et vocales) pendant 32 heures par rotation 6/12/24.
En fait l’échelle des différentes rémunérations allant du plus bas au plus haut, je n’ai pu servir encore cette année que des dividendes sur mes musculaires. C’est toujours la part la plus importante de mes ressources. Lors de la dernière réunion avec mes actionnaires, j’ai avancé qu’il me faudrait un peu de repos, mais le vote à main levée me l’a refusé au prétexte que cela risquerait d’avoir des conséquences sur mes dividendes, vu que c’est la deuxième année que je n’ai rien servi sur les cérébrales ni les auditives et vocales. En fait, j’ai regretté d’avoir soulevé ce détail, car j’ai failli me prendre un audit médico-financier visant à analyser mon état de fatigue et celui de ma gestion. J’avais déjà eu du mal à justifier en 2008 l’achat d’un lit à deux places, alors que je suis célibataire. L’expert aurait pu remarquer que je venais de m’acheter une deuxième chaise, au lieu d’investir dans des gants pour décharger le marbre ; lesquels sont très chers à cause de la demande. J’ai pu botter en touche en assurant qu’en cas de troisième année sans dividende je m’engageais si nécessaire à vendre du sang ou un organe ; une idée qui a acquis leur confiance. Ensuite, j’ai évoqué la possibilité de convertir mes cérébrales en musculaires -et si on fait un business-plan sur cinq ans, mon truc tient bien la route. Bien sûr, il faut jongler avec les attentes légitimes des actionnaires, mais hormis les instants délicats que représentent les assemblées annuelles, on est vraiment libres et peinards pour mener sa barque.


Bref, si je fais le bilan, le solde est positif. J’ai su saisir les opportunités qu’offraient les facilités fiscales inhérentes à ma mise sur le marché et je considère que du coup l’investissement de mon stock-créativité et de mes ressources énergétiques est en bonne voie d’amortissement. Par ailleurs, les musculaires sont à la hausse d’une manière générale. J’estime donc que je gére bien ma vie. A l’actif, j’affiche bien sûr un léger déficit sentimental et sexuel à cause des périodes de suractivité, mais dans la colonne passif j’aligne quand même au bout de deux ans le fait que j’ai toujours mes deux reins et que je vis dans un trois-pièces entièrement domotisé ; ce qui est indispensable car je n’ai guère de temps à consacrer à des tâches quotidiennes. Bien sûr, l’équipement est onéreux, mais je suis prêt à travailler davantage pour me l’offrir petit à petit s’il le faut. Faut savoir ce qu’on veut. Si je continue comme ça encore quelques années, je parviendrai peut-être à racheter quelques-unes de mes actions au tarif préférentiel auquel j’ai droit.
Voilà ce dont je voulais témoigner et dire aux autres : s’en sortir c’est possible. Le monde du travail n’est pas si terrible pour qui sait en appréhender les flux et s’adapter aux contraintes naturelles du marché. Du boulot il y en a. Il suffirait seulement que les gens se remuent un peu, la preuve.
©FM

lundi 8 mars 2010

En attendant que je vous écrive enfin ici...


> Lisez-moi ça.. (C'est un ordre, oui).
A côté, tout ce que je peux écrire ici, hein...

(J'ai un billet prêt depuis un moment, mais j'en rajoute sans cesse et repousse sa publication. Et tout ce que je lis sur les blogs, dans la presse... m'incite presque à me taire.)

jeudi 24 décembre 2009

Va peut-être falloir s'y remettre après les fêtes...

Déjà "l'esprit de Noël" (pfff, ne riez pas) et je m'aperçois, alors que ce blog est régulièrement cité sur d'autres sites, que je n'ai pas écrit un mot ici depuis septembre.
C'est qu'il s'en est passé des choses et je n'ai guère eu le temps de bloguer. Mais je vais m'y remettre ; vous saurez bientôt comment Toto a pris le statut d'autoentrepreneur, comment Toto a compris ce qu'il y avait derrière et comment il a pensé des trucs à vous dire sur tout ça. Et puis d'autres choses qui concernent mon ombilic ou non : comment Toto a pu raccrocher le boulot, (via la formation), comment il se fait payer avec sa belle auto-entreprise et comment il a donné des formations, via l'AFPA à des... "chômeurs" (*) en recyclant des expériences diverses. Bref, comment Toto est un modèle de rebondissement dans la France qui gagne se lève tôt et gagne plus qualité France et tout ça.
Et je vous dirai bientôt tout ce qu'on peut en dire, tout ce qu'on voit et qu'on entend, et tout ce qu'ils racontent. ces chômeurs. Et comment ils restent fiers, quoique accablés ou abasourdis.
En attendant que je me remette à écrire sur ce site (la feignasse n'est plus feignasse : elle bosse mais elle n'en pense pas moins), je vous souhaite une bonne prime de Noël (haha), de la chaleur et de la solidarité (les cadeaux, on s'en fout finalement, il y a plus impalpable et plus important), de l'amour et toutes ces sortes de choses, comme le rire -qu'ils ne nous prendront pas si nous restons vigilants.
Et voici, c'est le moment, ci-dessous, ma carte de vœux. elle est pour toutes et tous en recherche d'emploi, et pour toutes celles et ceux qui craquent en animation sociale, en formation ou chez notre pote Pôle...
A bientôt.
Francis
(*) Les chômeurs sont des "gens". C'est à eux en ce moment qu'on fait la guerre. J'en ai rencontré diverses sortes depuis septembre : en établissements scolaires, en CFA, en prison, en stages de reconversion professionnelle... Souvent, ce sont les mêmes. Et ils encaissent..., mais sont toujours plus esquintés.
Rabelais, dans Pantagruel, disait déjà que la moitié de la population ne sait pas comment l'autre vit.
C'est toujours vrai.

mercredi 9 septembre 2009

Le tintement des bracelets d'Esperanza

La lecture ce matin de deux billets (celui-ci d'une abonnée au Monde, qui semble éprouver la même chose que moi - nos "profils" sont proches ; et celui-ci, émouvant et drôle de l'amie Lenaïg), je me dis : tout de même, puisque tu es paraît-il improductif, tu pourrais au moins raconter ta visite du 24 aout dernier chez ton pote Pôle... Me revoici, donc ; me bottant les fesses pour continuer de raconter mon nombril statistiquement gênant.
Oui, le temps passe, de pointage en pointage, les enfants grandissent, la couleur des arbres et celle de ma moquette change, les blogs vieillissent et on s'aperçoit qu'on ne se tient pas assidument à ce journal - il est vrai qu'en matière de chômage et de temps qui courent, sinon de sortie de torpeur estivale, il n'y a guère de rebondissements à étaler pour épater la galerie. Il est vrai aussi que lorsque le contexte économique vous dissuade d'écrire (mon métier), rédiger son blog de chômage par reste de graphomanie n'est même plus une idée motivante ou palliative.
A être désoeuvré ou impuissant, il faut se contraindre, pour ne pas se barrer à vau-l'eau. Se contraindre à s'adonner des tâches, même financièrement inutiles, pour ne pas tourner à l'état de limace, se contraindre à chercher des jobs que l'on déteste d'avance, se contraindre à se préparer à une comédie de la motivation quand on ne croit absolument plus dans le système et les baratins crétins, se contraindre à chasser des idées de tout plaquer, de renoncer, se contraindre à rester calme devant des cyniques qui proposent des conditions de rémunérations ou de travail odieuses, se contraindre à ne pas mouliner sans cesse cette idée qu'il y a dix ans à peine, on gagnait trois plus. Paradoxe : la liberté inactive rend improductif, alors que tout le monde rêve d'avoir du temps et qu'en avoir est une chance, et cette liberté est une contrainte, un étau constitué des soucis d'avenir, d'argent et de ce que l'on va devoir supporter pour les vingt ans à venir au moins -à défaut d'un cancer du poumon payé hors de prix par paquets de vingt.


Le 24 août dernier -revenant de courtes vacances économiques (la garde d'une maison et d'un chat d'une amie nantaise partie aux Etats-Unis) bronzé et bourré d'idées préconçues, je me suis rendu à 9 heures chez le pote Pôle. Il s'agissait de débuter un truc qui porte un nom de vaccin contre une maladie honteuse : le PPAC, plan personnalisé d'accès à l'emploi. Accès, hein, pas retour : ce serait trop vantard. Bon, cela aurait pu s'intituler TVTBLCF, tu vas te bouger le cul, feignasse. Mais ne commençons pas à faire de mauvais esprit.
Pote Pôle est vieillot et délabré. Les alentours sont sales. On est bien dans un service social., en France libéralisée. J'ai dix minutes d'avance, mais il y a déjà un type qui attend avant moi (photo) et détail plus glaçant, un autre qui dort dans une épave d'auto blanche, juste en face de la porte... Lui, c'est le monstre, au sens antique, le signe envoyé par les Dieux. Il est là pour nous rappeler, à nous tous qui piétinons devant la porte et allons user de la salive à trouver des solutions, ce qui nous attend si on ne prend pas garde à se contraindre.


Chacun évite de trop regarder la voiture ; même les agents du pôle qui pénètrent avant nous dans le local. Je me demande comment on vit le fait de travailler dans cet endroit déprimant, recevant des PVD (personnes en voie de désespérance) et ne parvenant que peu à soulager leur problème, tout en arrivant le matin pour constater qu'un SDF dort devant la porte. Il y a dans cette scène comme la révélation d'une impuissance quasi-minérale, d'une inéluctabilité inhérente à l'époque.
D'autres chômeurs arrivent. Ils s'éparpillent sur le long trottoir, comme s'ils ne voulaient pas qu'on sache qu'ils attendent l'ouverture, comme s'ils ne voulaient pas se côtoyer de trop, de crainte de se choper, en plus, des ondes de malheur supplémentaires issues de leurs semblables. A moins que rester statufié devant cette porte sale et abimée ne soit trop insupportable... Dans le reflet de la porte, on se voit quêter, et derrière, il y a cette voiture occupée...
Je suis reçu par une jeune conseillère - wooaw j'ai de la chance- d'une grande beauté.. Elle illumine le lieu à elle seule ; lieu qui hésite entre le grisâtre lavasse et le jaunâtre bilieux. Sud américaine d'origine sans doute. Appelons-là Esperanza, pour ne pas nuire à son anonymat.
Nous passons dans un boxe, chacun de son côté de bureau. J'ai apporté quelques paperasses, dont une attestation d'entretien d'embauche, passé à Nantes en mai, et que j'ai mis un temps fou à obtenir (un entretien d'embauche qu'on m'a fait passer alors que la décision d'embaucher venait d'être annulée... mais comme j'avais réservé pour 100 euros -non remboursés- de TGV tout de même, je suis allé le passer en sachant que c'était pour rien).
Sans doute éprouvée à la psychologie, elle me parle doucement et lentement, tournant l'écran de son ordinateur afin que nous récapitulions ensemble mon dossier. Je lui explique que je me suis inscrit au chômage par crainte de perdre ma sécu, ne cotisant plus aux AGESSA (sécu des auteurs) par absence de rentrée de droits d'auteur. Elle me rassure : non, je ne la perdrai pas (et de fait a raison, je ne sais pourquoi j'ai flippé. Il me reste une deuxième année avant de la perdre et j'aurais donc pu éviter de m'inscrire au chômage...).
Je réponds aux différents points concernant cette vie étrange qui fut mienne dans le monde du travail.. mais surtout je m'interroge : faut-il que je lui demande tout de suite de m'épouser ou non ? Dois-je d'abord réussir l'entretien ? Combien d'autres chômeurs sont-ils immédiatement tombés amoureux d'elle ? Et me voici à me contraindre de rester attentif...
Bon sang, quel charme.
Bon : concentre-toi...
Je passe en revue mes gesticulations depuis mai : continuité de mes démarches dans le cadre de mon curieux métier d'auteur (éditeurs, producteurs TV), recherches d'emploi (dans la formation, -ayant donné 6 jours de formation en juin, je me suis dit qu'il y avait là une piste pour moi), je lui explique ma problématique : pas d'allocation, bientôt plus d'argent, l'obligation d'avancer (en prenant des dates d'ateliers d'écriture qui paieront au moins le loyer), les producteurs TV qui vous demandent désormais de travailler gratuitement...
Je cherche un mi-temps pour pouvoir l'insérer dans les engagements bien insuffisants pourtant que j'ai dû prendre dans l'ignorance de l'avenir...
Nous écartons l'idée d'un bilan de compétences : je lui en explique l'inutilité pour ce qui me concerne, et argumente en ce sens. Elle en convient, ce qui me soulage. Sans me prendre pour ce que je ne suis pas, je crains trop d'avoir affaire à quelqu'un que je n'estime pas qui prétendrait me passer au crible avec des méthodes qui me paraissent contestables, et penserait me sauver la vie. Cela fait des décennies que je vends ma salade : je sais faire et que penser, même en période down.
Nous passons en revue mon CV bizarroïde qui part dans tous les sens dans les métiers de la communication. Oui, la formation est une bonne piste, vue mon parcours. Esperanza estime que je devrais trouver du travail sans problème dans ce secteur. Elle m'assure que c'est un des endroits où ça explose, là au moins... On se comprend : ça doit reconvertir en masse. Hé oui, forcément : le chômage est un marché créateur d'emploi...
Elle me fixe un objectif : contacter 5 boîtes de formation, et on se revoit dans un mois.
Ses bracelets tintent. Son sourire me fait fondre. Je sens qu'elle est soulagée de voir comme je me remue et comme mes projets de recherche vont dans le bon sens, lui épargnant la pénibilité d'avoir à me convaincre. Si ça se trouve je suis le meilleur chômeur de sa vie. Si ça se trouve elle est tellement épatée qu'elle va m'épouser. Si ça se trouve elle m'aime déjà. Une colonne de lumière vient de traverser le faux plafond gondolé et la caresser : elle va se jeter dans mes bras en criant, "enfin, tu es là".
Ben non.
Merde. Un mois. Elle a bien dit : "dans un mois" ! Un mois, c'est loin. Un mois sans Elle ! Alors que pour elle, je décrocherai la lune, je vais contacter 3 400 boîtes de formation par jour Je serai bientôt beau et brillant dans le noir. Je l'emmènerai vers des destinations de rêve, la couvrant d'or et de bijoux. Nous reparlerons, au crépuscule sur le pont en mahogany à l'avant du yacht, de ce jour de notre rencontre, en riant, et je la contemplerai à travers mon cocktail embué, secouant ses mèches, ses bras graciles, superbe dans le couchant.
Au-dessus de nous, dans la brise tiède, des voiles blanches comme un panneau de petites annonces.
Prudent, je lui assure que OK, je vais contacter cinq boîtes, promis.
Je décide d'attendre un peu avant de lui parler du yacht et de ce palais de marbre que je vais lui bâtir dès ma première paie.
Elle se lève, et nous allons nous séparer, déjà. Elle va recevoir d'autres déprimés.
J'espère qu'ils seront moins bien que moi.
C'est alors que cette heure entretien -qui n'avait jusqu'alors confirmé que ce que je pensais, envisageais, projetais et ne m'apportait en fait strictement rien de nouveau - s'est transcendée.
Abandonnant son ton professionnel apaisant l'entretien terminé, me raccompagnant dans le hall, Esperanza a lâché spontanément, comme une amie proche, me tendant une main fine et racée : "Oh, de toute façon, je ne me fais pas de soucis pour vous !"
Ce fut dit, comme ça, sans retenue, comme en dehors de tout, loin de ce pote Pôle, au-delà des formalités, des rituels, des conventions. Ce fut comme une confidence. Ce fut comme un aveu. Ce fut comme une tendre promesse.
Une heure de pote Pôle peu utile, malgré le talent et les compétences indéniables de la Belle Conseillère... Jusqu'à cette seule phrase, jusqu'à cet unique relâchement qui m'a soudainement gonflé à bloc.
Esperanza : merci.
En sortant, j'ai vu au bout de la rue crasseuse de ce coin encore désolé du 11e arrondissement... un voilier superbe et blanc comme une fiat ritmo neuve. Sur le trottoir, Esperanza m'attendait devant ses malles de cuir et de bois. L'air marin chargé de l'arôme des épices de son pays m'a ravigoré.
Tiens, je vais embaucher le type qui dort dans la voiture. J'en ferai un capitaine, avec des galons et tout. Et nous voguerons.
Il aura lui aussi l'horizon dans les yeux.

A suivre :
- Comment je suis contraint de devenir "autoentrepreneur" et ce que j'en pense, car à moi il faut pas me la faire.

- La formation... Esperanza, es-tu certaine que... Euh... ?

samedi 30 mai 2009

Plus haut, plus fort grâce au coaching

C'est depuis ce matin partout dans la presse. exemple, Libération :
"Comme prévu, les chiffres du chômage sont mauvais. Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en catégorie A, c'est-à-dire sans aucune activité, a crû en avril de 58 500 personnes en métropole, pour atteindre 2,5 millions personnes. Les chiffres atteignent 3,5 millions (+90 800) de demandeurs d'emplois, si on y ajoute ceux exerçant une activité réduite, a annoncé vendredi le ministère de l’Emploi. Une nouvelle présentation statistique, en vigueur depuis mars, a remplacé les huit catégories antérieures de demandeurs d’emploi par cinq catégories (A, B, C, D, E), sans recouvrir les mêmes réalités. Le nombre d’inscrits en catégorie A a augmenté de +2,4% en avril par rapport à mars et de +24,6% sur un an pour atteindre 2.506.700. La catégorie A regroupe les demandeurs d’emploi à la recherche d’un emploi, quel que soit le contrat de travail, et n’ayant pas travaillé dans le mois. En incluant les demandeurs d’emploi exerçant une activité réduite (catégories B et C), un total de 3,571 millions de Français en métropole et 3,785 millions avec les départements d’Outre-mer étaient inscrits à Pôle Emploi fin avril et tenus de faire des «actes positifs de recherche d’emploi». Le nombre d’inscrits dans ces trois catégories a donc progressé de +2,6% sur un mois et de +16,2% sur un an. Si l’on ajoute les demandeurs d’emploi en stage, en formation ou en maladie (catégorie D) ou en contrats aidés (catégorie E), dont le nombre a aussi crû, environ quatre millions de personnes étaient inscrites au chômage en métropole au mois d’avril. Les entrées à Pôle emploi ont augmenté en avril en métropole (+14,6% sur un an en catégories A, B, C), tandis que les sorties ont diminué (-4,8% sur un an)."
La veille, on parlait dans ce journal, suite à une étude du Bureau international du Travail d'un possible et futur bond à 239 millions de chômeurs dans le monde. Là, les chiffres ne prenaient pas en considération ceux qui ne comptent pas, sans doute : les non occidentalisés qui vivent dans des pays où on ne cherche pas à savoir qui est travailleur et qui est chômeur... puisqu'ils sont tous simplement occupés à survivre.
Je n'étais donc pas seul à m'inscrire fin avril. Tssss. Mon nombril était perdu dans une foule aux yeux creux. Pourtant, ce lundi matin de mon inscription, le hall de mon pote Pôle était vide. A croire que les 58 499 autres ne s'étaient pas encore levés, dégoûtés. On ne les en blâmera pas. Moi-même, j'avais failli ne me pas lever, car il faut peut-être le rappeler, le chômage, ça rebute.
Il y a aussi un article du Monde qui explique à quel point c'est le bazar chez Pôle Emploi, eu égard à la situation (explosion de la clientèle et réforme des services façon n'importe quoi et coercition). Je parie ici que des agents de chez Pôle vont, hélas, prochainement craquer eux aussi. C'est devenu intenable pour personne, dans cette "guerre aux gens" qui est menée.

Puisque le chômedu est l'actu du jour, je vais vous raconter ma brève visite la semaine dernière chez Psychoform : ce stage de 3 jours et demi de "stratégie de recherche d'emploi", que je ne voulais pas suivre (il ne m'est absolument pas adapté), mais-on-m'y-a-inscrit-tout-de-même. Alors j'y suis allé, par respect, pour m'en acquitter partiellement, et je l'avoue par curiosité : pour voir qui sont mes camarades d'infortune. Pour savoir : certainement pas comme dans un zoo, non pas que je me considère différent et en droit de venir faire l'observateur d'une peuplade étrange (dont je suis), mais je crois qu'il faut se frotter au réel avant de pouvoir affirmer ou non dans quel gadoue on barbote. Bref, pour être en droit, moi aussi, d'éventuellement témoigner. J'ai choisi la voix de l'écriture et les fées penchées sur mon berceau de fils d'ouvriers m'ont paraît-il donné un relatif talent : or le boulot de l'écrivain, à mon sens, est d'être chamane, de faire jaillir les esprits, mots et sens cachés pour aider la communauté, pour partager... alors je m'y essaie. Pour le chômage aussi.
Rappel : je me suis inscrit au chômage pour deux raisons :
1- Espérer obtenir une aide financière minimale (que je n'aurai pas, sauf en m'inscrivant aux services sociaux de la mairie, soit ce qui doit être le RSA maintenant) ;
2- maintenir ma sécu (mon année de sécu liée à mon dernier emploi tombant le 31 juillet prochain, j'ai flippé). Mais peu après mon inscription chez l'ami Pôle, grâce à un heureux concours de circonstances, une amie et ex-collègue de Libération, Annick, m'a signalé un "plan boulot" pour lequel j'ai aussitôt postulé. Bilan : je vais donner des cours de blogs dans une école de journalisme. Six jours en juin (en gros je vais me faire 800 euros bruts), mais ça va me maintenir mon fabuleux "pouvoir sécu" et me faire des contacts, des antennes... Bref, mon inscription au chômage reste à la fois pertinente et est devenue inutile (ouf, déjà plus besoin du spectre de la CMU), sauf si je vais voir l'assistante sociale déprimée de la mairie. Dans ce cadre, et compte tenu de mon vécu et mon expérience, le stage de "stratégie de recherche d'emploi" m'est totalement inutile. C'est même une perte de temps, puisque je pourrais chercher du boulot ou inventer urgemment un projet éventuellement rémunérateur durant ces 3 jours. Je ne suis pas installé dans les "15 mois en moyenne" reconnus officieusement dit-on chez Pôle ; 15 mois que l'on met désormais pour trouver un travail. Parce qu'il m'en faut tout de suite, ou plutôt, parce que sans allocations, il me faut du fric au plus tôt... et parce que, "ne rentrant pas dans les cases" compte tenu de mon CV, les méthodes et circuits classiques de recherches ne me sont tout simplement pas adaptées.

Psychoform est un organisme de formation agréé chez Pôle. Un des derniers appelé probablement à disparaître, apprendrai-je, car les contrats de partenariats ne sont plus renouvelés : déjà en banlieue à cause du rapprochement ASSEDIC/ANPE mais du maintien d'un seul budget -bref des coupes de 50% des moyens alloués au coaching et à l'aide faite aux chômeurs.
Dans le hall d'entrée, tout le monde est d'une courtoisie volubile, souriante. C'est prévenant et attentif. On sent que c'est un fonctionnement nécessaire devenu naturel. C'est aussi sans doute parce qu'on ne travaille pas dans le parasocial par hasard.
Noous sommes 14 dans la salle, en carré face à une animatrice qui se présente comme une ex-comédienne, ex-chef d'entreprise dans "l'expertise qualité" de 21 salariés (qui a fait une douloureuse faillite). Son profil est donc en effet idéal pour du coaching lié au monde du travail. C'est une belle femme de la cinquantaine, énergique et positive qui maîtrise bien son sujet et sait rebondir toujours efficacement et clairement aux pires répliques déprimantes. Hormis une phrase faute de goût qui m'a plaqué au fauteuil et donné envie de sortir un flingue ("Vous n'êtes plus des êtres humains, mais des produits marketing qu'il va falloir vendre. Je vais vous montrer comment faire"), je n'ai pu qu'approuver l'intégralité de ses propos. Il faut dire qu'au fil de la séance, quoique elle se surveillait et se corrigeait en permanence avec efforts, elle a laissé échapper des failles (on sent qu'elle est désespérée de la situation générale du pays et des gens, que les cas croisés sont parfois insolubles), On sentait qu'elle condamne les fonctionnements administratifs et législatifs actuels. Elle a même lâché malgré elle des appels politiques, à mots couverts qui l'ont trahie, à la révolte. Le tour de table des présentations et des histoires de chacune et chacun ne donne il est vrai qu'envie de tout faire péter et de descendre dans la rue. Car, souvent, on baigne dans l'odieux et le révoltant.
Le stage devait être composé ainsi (de mémoire) :
• 1er jour. Après les présentations du matin et diverses digressions sur l'ineptie unaniment constatée de certains formulaires bureaucratiquement glacés du Pôle Emploi : "se connaître pour savoir être, savoir faire". En binôme l'après-midi, on devait se "pitcher" à un camarade, travailler son CV et sa méthode de présentation.
• 2e jour. "Compte tenu que 60% du marché du travail est un marché caché", apprendre à exploiter ses réseaux et en créer ; réaliser des enquêtes de terrain. Comment fourrer son CV partout. Aller chercher du taf l'après-midi pour raconter le lendemain comment on s'est planté (ou pas, espérons).
• 3e jour. Cours sur la tenue, l'art de serrer la main et de paraître énergique, positif, battant...
• 4e jour (matin) : une sorte de bilan, et le remplissage des fameux formulaires de l'ami Pôle... via le Web, parce que ça leur permettra de plus facilement de traiter les données. Données dont on n'est pas persuadé de la pertinence...
Le tour de table sera aussi pathétique qu'édifiant. Nous entendîmes, entre autres :
- Un quinqua, contrôleur de pièces automobiles chez un sous-traitant durant 20 ans. Licenciement économique à l'automne dernier. "Les sous-traitants sont décimés. L'aide faite à l'industrie automobile du premier niveau se répercutera sur eux que dans bien des mois. Ils auront tous fermé d'ici là". On sent que ça va être dur et long pour lui. Il va suivre un stage de reconversion à de nouvelles méthodes professionnelles, mais de toute façon : où ira-t-il exercer ?
- Une ex-institutrice algérienne, diplômée d'Etat qui exerça 20 ans là-bas avec des classes de 35 enfants. En France, ses diplômes ne sont pas reconnus. Or cette femme veut garder des enfants : mais voilà elle se refuse strictement à travailler au noir ("c'est trop risqué avec les enfants") et rester dans le cadre de la légalité. Moralité, depuis 3 ans se bat-elle pour obtenir l'autorisation de travailler, même qu'à domicile. Absurde : cette femme très typée "immigrée" (foulard sur les cheveux, accent marqué) qui ferait le bonheur d'un facho donnant dans le délit de sale gueule, est un modèle d'intégrité et de volonté de respecter la loi du pays où elle a rejoint sa famille. Elle en est victime. Son fils, bac+5 est vigile chez ED à 1300 euros par mois.
- 2 auxiliaires de vie. L'une s'est occupé 5 ans d'une personne, l'autre 3 ans. Les deux patients sont décédés : chômage depuis. Ca s'appelle peut-être un licenciement par manque de vie. Malgré la demande, elles ne trouvent rien. On se retient de leur faire remarquer à la première, quelle est Africaine et l'autre, Algérienne. Je suis persuadé, à les écouter que ça ne s'explique pas autrement. Pudeurs.
- Une assistante de direction (8 ans en poste) d'un groupe scolaire privé. Un jour, elle découvre que le directeur de l'institution détourne de l'argent depuis dix ans. Ça représente 350 000 euros. Elle fait l'erreur, candide, d'en parler au frère. Licenciée dans la semaine pour un prétexte fallacieux (genre : "manque de respect" -tous les motifs sont aujourd'hui invoquables). Les Prud'hommes n'ont même pas réagi et elle, gentillette, laisse tomber. Comme elle détient des documents et des preuves, on l'incite à aller consulter des avocats gratuits. A faire la peau au salopard et à récupérer des indemnités. S'ensuit un débat sur la délation. La formatrice et moi-même intervenons sur la philosophie de la chose. On espère qu'elle va se remuer. Le groupe est d'accord. et formel : ça suffit. Bel ensemble des points de vue et du sentiment de révolte. L'insurrection qui vient, en somme.
- Un ex-animateur social essoré après plus de 20 ans de métier. On sent qu'il fut brillant. A 51 ans il crée un lieu culturel, qui est revendu au bout d'un an par le financeur, un producteur de cinéma et musique. Les nouveaux propriétaires ont un autre projet. Stressé, épuisé, il fait un infarctus. Il a 51 ans et plus envie de rien. Il flotte. Il est paumé. Il ne veut plus retourner dans le social. C'est lui le cas social, désormais.
- Un jeune ex-commercial de produits médicaux. Licenciement économique. Il est visiblement à cran, blanchâtre et déprimé, peut-être sous médocs, inhibé, mutique. Il rêve de se reconvertir dans la vente, avec des projets irréalistes et inadaptés, s'accrochant à son BTS action commerciale. Mal barré.
- Une presque sexagénaire très énergique. Trilingue, elle développait des marchés sur les USA et l'Amérique latine dans le textile. La boîte est rachetée par des Turcs, qui virent les Français et téléportent à Paris jusqu'au comptable depuis Istanbul. Ils changent la stratégie de l'entreprise, car il se concentrent sur l'Europe. Bien fait bande de cons : vous ne voulez pas intégrer les Turcs dans l'Europe, vous allez vous prendre un retour de bâton. Vous allez voir qui délocalise chez qui à l'avenir.
- Une jeune architecte d'intérieur (+ design, perspective, 3D). Licenciement économique. La formatrice lui suggère de s'expatrier. Ironie : l'instit algérienne que tant aimeraient foutre en charter ne peut pas bosser ici, la Française devrait se barrer. Ils vont rester tous seuls les patrons et les crétins libéraux, dans leur monde de fous...
L'exposé en détail des situations de chacun, de la confrontation aux lois, règlements, paperasseries, obstacles, au mépris enduré... font hurler une idée simple, évidente : c'est la guerre aux gens qui est actuellement menée. Appauvrissement, encadrement des libertés, complexification de la vie, surveillance policière et administrative, désagrégement du bien commun et des principes porteurs d'avenir (éducation, formation, santé...)... Il y a tous les ingrédients de la reconquête pour la domination absolue. Il faut qu'on soit dociles. La formatrice évoque des cas ras-les-pâquerettes, mais aussi, crise aidant, des énarques qu'elle a vu débarquer en stage, de hautes cadres femmes de 45 ans qu'on vire en masse et qui se regroupent, du coup, en association...
Et un autre constat, tarte à la crème pourtant, dont cette petite réunion fait illico la démonstration : dès que les gens se parlent, dès que les masques tombent... tous deviennent solidaires, liés, créatifs, inventifs. Au-delà des nationalités et des couleurs de peau, au-delà des niveaux d'études... Par moment, lumineux, passait cet espoir, cette vieille lune qui serait le fait de se reparler et de s'écouter, car non, non, non, les gens, nous, ne sont, ne sommes, pas ce que vous dites, ce qu'on dit de nous. Finalement ce sont ces partages, ce ferment de révolte, même qu'effleuré, qui est plus coach, que toutes les méthodes marketing que l'on doit s'appliquer à soi-même. Nous ne sommes pas des produits et nous nous reparlerons.
Voilà. Il y en a d'autres cas, dont moi. L'explication de mon statut d'auteur déclenche nombre de propos chez la formatrice (on découvre d'ailleurs qu'elle est dans une situation financière et d'emploi plus précaire que certains autour de la table, -mais bon, c'est elle la coach) et les participants. La conversation dérive et nombre de considérations sont émises : dans la conjoncture, faisons nous aussi du storytelling, mentons, bidouillons nos références et attestations, trichons, entrons dans des rôles trompeurs car "on ne tient plus compte de la valeur propre des gens"... Bref, ça doit être la survie, la guerre à la guerre et il se dit maintenant que tout est bon pour s'en sortir. C'est le maquis, en attendant la libération.
Voici où mène, cette "société malade de la gestion", comme dit le titre du formidable livre de Vincent de Gaulejac.

Je n'y suis pas retourné l'après-midi. J'avais prévenu et expliqué devant tout le monde. M'en étais excusé auprès de tous et précisé en quoi ce n'était pas du mépris, mais une perte de temps pour moi.
L'après-midi, j'avais un texte à rédiger. Le lendemain une grosse journée de travail avec une star pour cette pièce de théâtre qui devrait me faire gagner ma vie l'an prochain si tout continue d'aller ainsi, et les jours suivants j'ai écrit des mails, contacté des gens, continué de m'agiter à ma façon pour mon cas particulier dans ma perspective particulière de futur particulier. Dans la situation où je suis, je ne peux que chercher des "coups" de fric, déclarés ou au black. Et je songe à M., un ami écrivain qui s'est vu refuser sans raison claire récemment... un poste de manutentionnaire, tenté par désespoir de cause.

Psychoform m'a appelé et demandé courtoisement, sans discuter mes raisons, de prévenir mon pote Pôle de mon absence. Je ne l'ai pas encore fait : ils se prennent 2 000 nouveaux chômeurs par jour en ce moment et même si le chômage était jusqu'alors un marché créateur d'emplois (d'agents ANPE, de formateurs, d'officines diverses, etc), ça n'embauche pas chez eux non plus. Voire...
Alors ça attendra un peu.
Ah oui, j'ai lu dans un Courrier International des gens, tels l'impayable (en tout cas payée pour ça) Dominique Méda, qui glosaient sur la "valeur du travail". C'est leur job, à eux, ça. On devrait leur couper les revenus quelques mois... Qu'ils voient les choses de façon plus concrète -et on verra si le travail reste un joli concept qu'on considère comme si ou comme ça, comme un bibelot météo sur une étagère : Ah tiens, t'as vu ? Il a changé de couleur. Il doit pleuvoir dehors !
Grâce au travail : on bouffe.
Si, si.
Alors... tenons bon (mais ne nous tenons pas forcément bien).

mercredi 13 mai 2009

Mon pote Pôle n'a pas un rond pour moi


Mon pote Pôle m'a écrit. Il est désolé. Il n'a pas de fric pour moi. Il a beau regarder dans ses poches : y'a rien. Y peut pas, Popôle. Il n'a même pas le droit.
Pas de bol, mon vieux. Pffff.
Tssss. Mais bon : t'as fait une bêtise aussi : un jour, t'as dé-mis-sion-né. T'es pas resté dans ta boîte...
Bien rangé.
J'ai 46 ans : je cotise depuis l'âge de 15 ans (grâce à une dérogation, pour des boulots les 2 mois d'été en usine) et depuis l'âge de 18 ans (retour à l'usine après le bac), je n'ai touché qu'environ un mois d'ASSEDIC. J'ai cotisé partout, dans tous mes boulots, tous les milieux professionnels. Auteur pro, j'ai cotisé via les caisses spécialisées, eu des charges prélevées sur des paiements. Je viens de m'inscrire au chômedu dix mois après avoir quitté mon dernier emploi, de six ans. Mais voilà, j'étais dans une administration ministérielle, qui s'auto-assure, ne cotise pas aux ASSEDIC : je le savais. Je suis a priori un con, car cette démission m'a annulé tous mes "droits" (c'est le mot employé, hein), acquis durant 30 ans. Mais voilà lorsque j'ai démissionné, j'étais vraiment content de le faire et je ne regrette rien.
Bref, si je veux un peu de sous, faut que j'aille aux services sociaux de la mairie. Heureusement qu'en ce moment je bénéficie de la générosité de quelqu'un et que je me remue pour récupérer de la fraîche ici et là (avec du mal...).
Bon, on ne va pas faire dans le pathos, non plus ? On n'est pas chez ces sauvages des Etats-Unis : on a encore la sécu, au moins... Mais qu'on ne me parle plus d'Etat-Providence et de chômeurs profiteurs : je deviendrai amok.

Le mieux, je pense, c'est que pour nous réchauffer nous chantions ensemble ce tube soul de Simply Red (1). (Tapons dans les mains, movez votre body, brothers and sisters, yeeaaaa) :
I been laid off from work
My rent is due
My kids all need
Brand new shoes

So I went to the bank
To see what they could do
They said son - looks like bad luck
Got-a hold on you

Chorus refrain :

Money's too tight to mention
I can't get an un-em-ploy-ment ex-ten-sion
Money's too tight to mention

I went to my brother
To see what he could do -
He said bro-ther like to help you
But I'm unable to
So I called on my fa-ther fa-ther
Oh my fa-ther
He said

(Chorus refrain)
Money's too tight to mention
I can't get an un-em-ploy-ment ex-ten-sion
Money's too tight to mention

We talk a-bout rea-gan-on-ics
Oh lord down in the con-gress
They're passing all kinds - of bills
From down cap-it-ol hill - (we've tried them)

Chorus:

Money's too tight to mention
(spoken) cut-back!
Mo-ney mo-ney mo-ney mon-ey
We're talk-in' a-bout mon-ey mon-ey
We're talk-in' a-bout mon-ey mon-ey
We're talk-in' 'bout the dollar bill
Now what are we all to do
When the mon-ey's got a hold on you?
Mo-ney's too tight to mention
Oh mon-ey mon-ey mon-ey mon-ey
Mo-ney's too tight to mention
A-mero - mon-ey oh yeah
We're talk-in' a-bout mon-ey mon-ey
We're talk-in' a-bout mon-ey mon-ey
We're talk-in' a-bout mon-ey mon-ey
We're talk-in' a-bout mon-ey mon-ey?

Allez, on souffle un peu, et puis après on reprend le refrain tous everybody.

Bon, j'ai un RDV pour un job le 18 : à suivre. Mais notons qu'en contrepartie de rien du tout de mon pote Pôle, je viens d'attraper comme une toux porcine 3 jours et demi de formation à la stratégie de recherche d'emploi chez Psychoform. Ca commence le 25 mai... (On en reparlera). "Psychoform"... : faut oser tout de même, non ?
Et puis, tenez, à propos, lisez ça : il s'agit du "bilan de compétences"...

Paroles et musique : John & William Valentine. Windswept Pacific Music Ltd